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Ce que racontent nos fontaines alleinsoises

  • 25 juin
  • 5 min de lecture

Lors de l'inauguration de la remise en eau de trois fontaines du village, le 21 Juin 2026, l’association des Amis du Vieil Alleins  a proposé une mini-exposition sur les sources naturelles, les réseaux de canalisations et les fontaines de la place Castélas, de la rue de la République, de la place Borrelly-Jourdan et de la place de la République: reflet d'un travail collectif de recherches.

Roland Vernet a raconté l’histoire de ces trois fontaines et évoqué quelques figures alleinsoises. Nous vous partageons ses récits.


" Comme nous le savons, Alleins n’a pas la chance de Mallemort ou Pélissanne d’être traversé par un cours d’eau naturel tel que la Durance ou la Touloubre. Mais nous avons à la place une belle colline qui, lorsqu’il pleut, joue son rôle de château d’eau naturel.

C’est donc grâce à l’exploitation des eaux souterraines que la vie a été possible à Alleins. En effet, le regroupement des eaux de ruissellement du massif des Costes a très longtemps approvisionné les fontaines et points d’eau du village.

Pendant des siècles, c’est essentiellement la source de la Grand’ Font qui permettait aux villageois de bénéficier d’eau potable, de laver son linge et donner de l’eau au bétail, mais la distribution de cette eau restait, au fil des saisons, très aléatoire, tout comme sa qualité trop calcaire qui pouvait obturer les conduits et avoir un goût désagréable.


Source-lavoir de la Grand-Font
Source-lavoir de la Grand-Font

Quelques maisons du centre et les bastides en campagne possédaient des puits personnels. Les caves du village en témoignent : rue de la République, rue de la Liberté (présence en sous-sol d’une canalisation de type romain). Au château, probablement grâce à un système d’adduction, à partir de captages de l’eau de la colline, nous trouvons trace d’une citerne, d’un caniveau, d’une pile et d’une fontaine à l’entrée derrière le portail. Cependant, comme dans toute la Provence, le manque d’eau à Alleins était récurrent.


La fontaine de la Mairie, la plus récente, date de 1985 mais son histoire révèle une anecdote bien dans le cru alleinsois. Sont érigés en son centre des éléments de colonnes provenant d’une villa romaine découverte près de la ferme du Rousset, en 1972, par Marcel Castelas (celui des cheminées éponymes). Ces vestiges disparurent pendant plus d’une dizaine d’année.  Ils furent « retrouvés » par une des dames de la cantine qui les côtoyait chaque jour ; les colonnes étaient tout bonnement à l’école, encadrant le perron de l’ancienne cantine. Elles continuaient ainsi à assurer une fonction utilitaire puisqu’au moment de leur découverte, elles servaient de soubassement à un bancau dans notre colline.



La maison de monsieur Castelas se situait face à la mairie et cet homme fut incontestablement une personnalité marquante du village dont il était très amoureux. Nonobstant qu’il donna du travail à beaucoup d’Alleinsois et participa à la richesse économique du village, c’était un homme iconoclaste, curieux de tout : un esprit universel. Certains anciens se rappellent encore des manœuvres invraisemblables qui durent être réalisées pour sortir de sa cour le catamaran qu’il avait construit avec l’aide de quelques amis. D’autres gardent encore le souvenir de ses véhicules « fabriqués maison » qui attiraient la jeunesse, pétaradant dans les environs. M.Castelas a inventé un procédé révolutionnaire pour les cheminées, ça lui permit même de passer à la télévision. Les cheminées Castelas connurent un tel succès que, plus tard, des grands groupes s’en inspirèrent. Il est donc très légitime que l’esplanade devant la mairie et son ancien domicile s’appelle aujourd’hui Place Marcel Castelas.


La fontaine de la place Bourrely-Jourdan, appelée fontaine de l’église, date de 1906.  C’est une fontaine abreuvoir placée expressément, pour des raisons de commodité, à l’extérieur des remparts. Elle a l’originalité d’être dotée de deux becs distribuant d’un côté de l’eau potable venant des sources de la colline des Costes, de l’autre de l’eau destinée au bétail, grâce à une prise sur le canal de Marseille. C’est donc un signe de grande modernité traduisant une gestion de l’eau économique et écologique bien avant l’heure. Elle arbore les armoiries actuelles du village, héritées des Renaud d’Allen, «nos» seigneurs pendant près de trois cent ans.



C’est l’occasion d’évoquer la mémoire de Louis Dalmasso et de sa fille Jeanine.


Jeanine Dalmasso devant la fontaine
Jeanine Dalmasso devant la fontaine

Cette famille a tenu un commerce essentiel au village pendant 55 ans, 30 ans pour le père, 25 ans pour sa fille : le « tabacs-journaux-alimentation et articles de Paris ». Avant que M. Dalmasso ne transfère le commerce au 50 rue de la République (en 1943), le magasin se situait à gauche de la fontaine. Louis Dalmasso, tailleur de pierre marseillais, en remerciement pour l’accueil que la commune avait réservé à sa famille, sculpta et offrit à la mairie les deux plaques en marbre que nous voyons toujours « Canal » et « Source ».



L’histoire de ce commerce et de ses différents propriétaires est digne d’un film. Elle raconterait le terrible accident qui, pendant la guerre de 14/18, mutila un mécanicien d’avion. L’Etat qui lui accorde en dédommagement une concession de tabac, son installation à Alleins, une histoire d’amitié indéfectible entre deux hommes qui épousèrent le même jour deux sœurs, la cession du commerce entre les deux beaux-frères et enfin l’arrivée à Alleins d’un tailleur de pierres marseillais qui devint commerçant : monsieur Louis Dalmasso.


La fontaine de la place de la République, nom d’origine fontaine de l’Horloge ou de la Tour, est l’une des quatre fontaines dont deux avec abreuvoirs construites en 1846 (les autres étant celle de la place Eugène Garcin, celle dite du château et une autre chemin d’Aurons). Elle possédait au départ un bassin quadrangulaire arrondi lors de sa rénovation en 1901. Elle continue à distribuer de l’eau fraîche et potable pour tout le monde, humains et animaux. C’est un des hauts-lieux de la fête de la St Pierre, le dimanche à midi, elle devient l’idole de la jeunesse alleinsoise.




La fontaine du château (rue de la République) s’est aussi appelée fontaine de la mairie (pour sa proximité avec l’ancienne mairie). C’est une fontaine abreuvoir seigneuriale en pierres de taille (élément de construction rare à Alleins).



On ne connait pas vraiment la date de sa construction originale, mais il n’est pas impossible qu’elle remonte à la période succédant l’arrivée des Renaud d’Allen ( XVI-ème siècle). Son usage et sa qualification, à l’extérieur du château, provient certainement d’une largesse du seigneur autorisant « son eau » aux citoyens et à leur bétail. L’eau provenait du massif des Costes où la seigneurie possédait beaucoup de biens fonciers. De chaque côté de la fontaine, une rosace de pierre très ouvragée entoure les becs d’arrivée d’eau. Une pomme de pin lui sert de faîtage, c’est le seul élément conservé de la version de 1846. Car en 1960, pour adapter la rue à la circulation automobile, la fontaine a été déplacée de quelques mètres, son bassin, très large autrefois, fortement rétréci."


Roland Vernet


Sources: Archives de l’AVA, archives de la Mairie

Témoignages Jean-Louis Dalmasso  et quelques autres alleinsois

Curiosité: la plaque de rue devant la fontaine de l’Eglise porte le nom de Borrely-Jourdan, mais la bienfaitrice qui a donné son nom à la place était  Mme Noémie Bourrely-Jourdan!

 
 
 

1 commentaire


Membre inconnu
25 juin

Merci pour ce beau travail de mémoire et de transmission 🙏🏼

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